Alors que les ombres de l’extrémisme violent continuent de s’étendre depuis la bande sahélienne vers le golfe de Guinée, la capitale ghanéenne s’est changée, le temps d’une journée, en un sanctuaire de réflexion stratégique et de sursaut collectif. Rassemblant dignitaires religieux, experts militaires, représentants de la société civile et diplomates, le Forum national de Sahel Peace Initiative (SPI-Ghana) s’est ouvert ce jeudi 23 juillet 2026 à Accra, sous un impératif catégorique : anticiper pour ne pas subir.
Les enjeux de cette rencontre sont vertigineux. Placé sous la présidence d’honneur de Monseigneur Gabriel Justice Yaw Anokye, Président de la commission épiscopale en charge de la Gouvernance, Justice et Paix, le forum a débuté par un appel vibrant à la vigilance et à l’unité. Dès la cérémonie d’ouverture, le ton a été donné : il s’agit d’évaluer la préparation sécuritaire du Ghana et de renforcer ses systèmes d’alerte précoce face aux risques de débordement violent (spillover). La sécurité d’une nation, a-t-on rappelé, ne s’évalue pas uniquement à l’aune de la force de ses institutions, mais à sa capacité d’offrir un avenir à sa jeunesse et de protéger ses communautés les plus vulnérables.
Major-général Dr Timothy Batabana, directeur du Centre national de fusion pour la lutte contre le terrorisme
Dans une intervention dense et sans concession, le Major-général Dr Timothy Batabana, directeur du Centre national de fusion pour la lutte contre le terrorisme, a disséqué la mécanique de cette menace transfrontalière. L’extrémisme violent, rappelle-t-il, tire sa subsistance d’un engrenage complexe où s’entremêlent idéologie radicale, réseaux criminels, rareté des ressources hydriques et tensions climatiques.
Parlant des réfugiés, il laisse entendre : « Ils ne viennent pas par amour pour nos paysages, mais dans une quête primordiale de survie. Si nous cédons du terrain, où irons-nous ? »
Pour lui, au-delà des frontières matérielles, c’est également une guerre d’influence et de désinformation qui se joue. Les groupes armés exploitent les failles sociales, la pauvreté et les vagues de désillusion pour éroder l’autorité des États et fracturer le tissu communautaire.
Des participants au Forum
Le dialogue, la solidarité et l’humain comme remparts
Face à ce défi existentiel, l’option purement militaire révèle rapidement ses limites. C’est pourquoi l’Initiative du Sahel pour la Paix (SPI), portée par l’Église catholique aux côtés des partenaires tels que le Catholic Relief Services et la Konrad-Adenauer-Stiftung, plaide pour une approche profondément ancrée dans les réalités du terrain.
Présent à cette rencontre majeure, le Secrétaire Général Régional du SPI, le Révérend Père Hermann Ouedraogo, a apporté la voix et l’expérience de la coordination régionale. Dans son allocution, il a rappelé le chemin parcouru à travers les cinq pays membres de l’initiative, soulignant que la paix durable se construit d’abord par la confiance entre les peuples et leurs institutions. Saluant l’engagement remarquable du Ghana et son hospitalité envers les réfugiés du Sahel, il a résumé la double vocation de cette mobilisation : celle d’une posture préventive pour protéger les communautés ghanéennes, couplée à celle d’une démarche solidaire pour accompagner le Sahel dans sa quête de paix.
En effet, pour le coordinateur national du SPI-Ghan, la réponse réside avant tout dans le renforcement de la cohésion sociale et la promotion du dialogue interreligieux comme rempart contre la radicalisation. Mieux, prévenir le conflit demeurera toujours plus efficace et moins coûteux que d’avoir à y répondre une fois l’incendie déclaré.
Photo de quelques officielles
Dans un message empreint d’humanisme et de philosophie africaine, les intervenants ont conclu sur l’esprit d’Ubuntu, « Je suis parce que nous sommes ». La véritable préparation ne réside pas seulement dans la prédiction des catastrophes, mais dans la formation des cœurs assez grands pour veiller sur le bien commun et bâtir une confiance inébranlable entre les citoyens et leurs institutions.
Entre prières œcuméniques, débats stratégiques et résolutions concrètes, ce forum réaffirme avec force que la paix au Ghana et dans l’ensemble de la sous-région ouest-africaine ne sera pas le fruit du hasard. Elle sera l’aboutissement d’une vigilance partagée, d’une gouvernance réactive et d’une solidarité sans frontières.

